Valeur écologie
Les invités et les
petits-déjeuners

Brèves

Article de l'Express du 22 juin 2012 / Mathilde Cesbron

 ECOLOGIE - L'intervention de François Hollande au sommet de Rio "manquait de souffle", a affirmé François Grosdidier, sénateur UMP de Moselle. Le changement de ministre de l'Economie ne rassure pas non plus les écologistes.

 François Hollande avait défendu la place de l'écologie dans sa campagne présidentielle. A peine deux mois après son élection, le chef de l'Etat semble avoir oublié ses ambitions. En témoignent son passage discret au sommet de Rio et le remaniement qui vient de toucher le ministère de l'Ecologie. 

Peu avant son élection en mai dernier, François Hollande avait insisté pour que l'écologie, durant son mandat, ait "une feuille de route précise". Il s'était également engagé à "procéder dès le début du quinquennat à un examen systématique de l'ensemble des dispositions défavorables à l'environnement". Enfin, son accord avec les Verts sur certains thèmes phares de l'écologie, malgré une absence d'entente sur le nucléaire, avait permis de placer le souci de la planète parmi les sujets importants de la campagne présidentielle.  


 Un mois après, les bonnes résolutions de François Hollande semblent appartenir au passé. Le chef de l'Etat n'a pas su tenir une ligne claire au sommet Rio+20 et le récent remaniement ne présage rien de bon pour le ministère de l'Ecologie trop souvent laissé dans l'ombre. 

"Manque de souffle"

Le président de la République s'est montré sur la réserve en conférence de presse mercredi lors du sommet Rio+20. Ne sachant sur quel pied danser, François Hollande a salué des avancées "sur la préservation des océans" et "sur l'économie verte" tout en soulignant une "étape insuffisante" sur l'accord à l'arraché conclu sur le développement durable. 

 La droite n'a pas laissé passer une occasion de critiquer le chef de l'Etat. François Grosdidier, Président de Valeur écologie, un think-tank de droite, est très sévère sur le rôle de François Hollande lors du sommet de Rio mercredi. Le sénateur UMP de Moselle affirme que le chef de l'Etat a clairement "oublié les ambitions environnementales de la France". 

"Son intervention manquait de souffle. Le président doit porter haut et fort la voix de la France et entraîner la communauté. Il n'a pas eu ce rôle", juge-t-il.  

L'élu jure que l'écologie était mieux représentée sous les précédents gouvernements de droite. "Sous Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, la voix de la France a porté et montré le cap, tant sur la scène nationale qu'internationale ", explique-t-il, soulignant le discours "décalé" de François Hollande lors du sommet de Rio. C'est quand même oublier que Nicolas Sarkozy a largement méprisé le sujet dans les derniers mois de son quiquennat. 



Eviction de Bricq: un mauvais présage?

Autre mauvais signe, le sort réservé au ministère de l'Environnement lors du traditionnel remaniement ministériel post-législatives.  

La ministre de l'Ecologie, Nicole Bricq, a été priée de quitter son poste pour endosser la fonction de ministre du Commerce extérieur. Cette "éviction" ne plaît pas aux Verts, en particulier à Jean-Vincent Placé. Légèrement échaudé ce matin sur Europe 1, le sénateur EELV s'interroge sur ce "drôle de message" envoyé aux écologistes. Il estime que c'est "un bémol" au remaniement. Interrogé par L'Express, l'élu des Verts demande des explications à ce départ inattendu. 

Chantal Jouanno, elle aussi, voit en cette éviction une mauvaise nouvelle et "une trahison des principes écologiques", regrettant que la ministre de l'écologie déchue ait été victime de ses prises de position sur le forage en Guyane. Elle s'était opposée à des autorisations de forage, s'attirant le soutien des ONG. Cette prise de position n'a peut-être pas plu à Matignon qui l'a remplacée par Delphine Batho. 

Quant à Nicolas Hulot, il constate dans une interview au Nouvel Observateur que "le Ministère de l'Ecologie est passé du premier rang avec Jean-Louis Borloo au neuvième avec Nicole Bricq".  


"Pas de liberté de vote"

 
Même si les militants écologistes n'ont "aucun préjugé et attendent de voir", cette nomination n'est pas un bon signe.  

Pour François Grosdidier, le plus inquiétant n'est pas de voir Nicole Bricq remplacée, mais de constater une absence d'élus écologistes à des postes cruciaux comme celui de l'Ecologie. "Les Verts sont discrédités en n'ayant pas l'un des leurs à la tête du ministère de l'Ecologie", remarque-t-il

Enfin, à tout cela s'ajoute la récente déclaration dAlain Vidalies. Le ministre des Relations avec le Parlement a déclaré qu'étant associés au gouvernement, les écologistes d'EELV auraient à l'Assemblée "la liberté d'expression, mais pas la liberté de vote". Une déclaration qui a fait beaucoup de bruit parmi les écologistes. Néanmoins, mesurant "l'ampleur de la tâche", les Verts ne deséspèrent pas de "peser sur les grands enjeux énergétiques", a assuré Jean-Vincent Placé. 

L'écologie bénéficie peut-être d'un groupe à l'Assemblée et d'un autre au Sénat, ainsi que de deux ministres Verts dans le gouvernement, mais le sujet ne parvient visiblement pas à trouver sa place dans le début du mandat de François Hollande.  





















Réaction du 25/09/2012

Presque 13 ans après les faits, la Cour de cassation par une sage décision confirme le principe de Pollueur – Payeur.

Coupable et responsable. Toutes les condamnations pénales prononcées en 2010 dans l'affaire du naufrage de l'Erika sont validées.

La Cour alourdit encore la condamnation de la cour d'appel en estimant Total également civilement responsable de la catastrophe, validant ainsi les dommages et intérêts déjà payés par le pétrolier, et le condamnant à « réparer les conséquences du dommage solidairement avec ses coprévenus d'ores et déjà condamnés », sans oublier les dommages et intérêts.

Inscrit dans la Constitution depuis l’adoption en  de la Charte de l’Environnement, le principe de Pollueur – Payeur devait connaître encore une application effective par les tribunaux. C’est désormais chose faite par la plus haute de nos juridictions.

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Valeur écologie participera pour la 4ème année à toutes les délibérations, discussions et réunions du Prix Energies Citoyennes avec l'AMF, Le Comité 21, Fonaterra, Les Maires des grandes villes, Les Echos, La gazette des communes....

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Article de presse La Lettre A du 07/03/2013

Valeur écologie redore son blason

Opération séduction pour le président du think-tank de droite Valeur écologie ...

(Lire la suite sur le site de La Lettre A / lalettrea.fr)

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PARIS (Reuters), 5 juin 2013 - La ministre de l'Energie, Delphine Batho, a exclu mercredi toute modification de la loi interdisant la fracturation hydraulique qui rend impossible l'exploitation en France du gaz de schiste.

"Il ne faut pas assouplir la loi sur la fracturation hydraulique", a déclaré Delphine Batho sur RMC et BFMTV, en déplorant les "dégâts environnementaux" provoqués aux Etats-Unis par l'exploitation du gaz de schiste.

Le Conseil d'Etat examine une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) déposée en avril par la société pétrolière américaine Schuepbach Energy pour contester la loi française du 13 juillet 2011.

Les compagnies pétrolières et le patronat français critiquent la loi française qui empêche, selon eux, d'exploiter un filon prometteur.

"Il faut évidemment permettre la recherche", a déclaré mercredi la présidente du Medef, Laurence Parisot, opposée à Delphine Batho lors d'un débat sur RMC et BFMTV.

"Nous empêchons de considérer une ressource qui pourrait tout changer", a-t-elle ajouté. "Si la technique est correctement mise en place, l'utilisation est sans risque".

Source: Patrick Vignal



 

GAZ DE SCHISTE

DOSSIER SPECIAL Gaz de schiste



Le gaz de schiste, également appelé « gaz de roche-mère » ou « gaz de shale » (en anglais : « shale gas »), est un gaz d'origine naturelle, engendré par la décomposition d'argile riche en matières organiques, et extrait à partir de terrains marneux ou argileux1. Contrairement au gaz naturel, il est piégé dans les roches poreuses où il se forme, et il est donc nécessaire de fracturer ces roches pour pouvoir le récupérer.

Il joue un rôle croissant dans le mix énergétique participant à l'approvisionnement en énergie aux États-Unis depuis le début du xxie siècle. Le succès que rencontre ce nouveau type d'exploitation aux États-Unis est sous-tendu par les fortes subventions accordées, et par la législation locale, qui permet au propriétaire de mieux bénéficier des ressources géologiques qu'en Francenote 1.

Le potentiel gazier des schistes intéresse aussi plusieurs gouvernements du Canada, d'Europe, d'Asie et d'Australie. Divers analystes s'attendent aussi à ce que le gaz de schiste puisse accroître considérablement les approvisionnements énergétiques mondiaux2. Selon une étude du Baker Institute of Public Policy de l'Université Rice, l'augmentation de la production de gaz de schiste aux États-Unis et au Canada pourrait contribuer à empêcher la Russie, le Qatar et l'Iran de dicter des prix plus élevés pour le gaz qu'ils exportent vers l'Europe3.

Toutefois, les risques sismiques et les problèmes environnementaux constatés, et notamment la pollution de l'air et de l'eau, entrainent une forte défiance de l'opinion publique et de certains gouvernements vis-à-vis de cette ressource.



Gaz de schiste : un compromis UMP-PS contre l'exploitation

Le gouvernement souhaite l'adoption définitive de loi Jacob avant le 30 juin. Les écologistes dénoncent par avance «un tour de passe-passe».

À un an de la présidentielle, rien n'est innocent. L'ancien numéro deux du gouvernement Fillon, Jean-Louis Borloo, candidat potentiel en 2012, sera cet après-midi «l'accusé» du gaz de schiste, car de nombreux députés ¬- de droite comme de gauche - lui reprochent d'avoir accordé, en tant que ministre de l'Écologie, en 2008, 2009 puis au printemps 2010, des permis de recherche de gaz et d'huiles de schiste dans le Bassin parisien et le sud de la France. Face à la pression des écologistes, qui dure depuis cinq mois, François Fillon a annoncé l'annulation des «autorisations déjà données» et lancé à huis clos devant les députés UMP: «C'est une affaire mal conduite. Ni le président ni le premier ministre n'étaient au courant.»

C'est donc dans un climat tendu que sera examinée cet après-midi en séance publique, et selon la «procédure accélérée», la proposition de loi de Christian Jacob, le président du groupe UMP à l'Assemblée, visant à interdire la technique contestée de la fracturation hydraulique pour explorer et exploiter le gaz et les huiles de schiste, susceptibles, dénoncent les écologistes, de «polluer les nappes phréatiques». Le ministre chargé des Relations avec le Parlement, Patrick Ollier, a précisé lundi que Nicolas Sarkozy et François Fillon s'étaient «personnellement» impliqués dans cette affaire. La proposition de loi Jacob devrait être examinée au Sénat le 1er juin, en vue d'une adoption définitive avant le 30 juin.

Une proposition de loi PS, visant à interdire la recherche et l'exploitation de ces hydrocarbures, a finalement été retirée, avec l'accord de Jean-Marc Ayrault, le patron des députés socialistes. Désigné corapporteur de la proposition de loi, Jean-Paul Chanteguet (PS, Indre) n'exclut pas un «un immense risque juridique», dans une interview au Monde.

«Ménager l'avenir»

Ce texte, largement réclamé dans toute la classe politique, fait pourtant l'objet de vives critiques. Yves Cochet, député Europe Écologie Les Verts (EELV), dénonce «un tour de passe-passe pour gagner du temps». La députée Martine Billard (Parti de gauche) fustige «une loi hypocrite» qui offre «un boulevard aux industriels». Une manifestation sera organisée mardi devant l'Assemblée en présence de l'altermondialiste José Bové, dont le fief aveyronnais est concerné, et de Nicolas Hulot, candidat écologiste à la présidentielle.

À droite aussi, d'autres voix se sont élevées, cette fois pour dénoncer un coup d'arrêt brutal à la recherche. Bernard Accoyer n'a pas caché qu'il aurait «préféré que la proposition de loi soit accompagnée d'études d'impact». Le président de l'Assemblée regrette «la précipitation» avec laquelle les députés ont à se prononcer. Soulignant les «perspectives potentiellement prometteuses», il estime qu'il faut «ménager l'avenir et ne pas fermer toutes les portes». Le député de la Drôme Hervé Mariton estime pour sa part que cette proposition de loi «prend une position définitive qui amène à conclure sans savoir». «On aurait dû faire les études d'impact avant d'autoriser l'exploitation», rétorque Christian Jacob.



Gaz de schiste : la France abroge les permis

INFO LE FIGARO - Le gouvernement s'apprête à abroger les permis d'exploration de gaz de schiste de Total à Montélimar et de la compagnie américaine Schuepbach en Ardèche et dans le Larzac.



Les gaz de schiste ne sont pas près d'être exploités en France. Ainsi en a décidé le gouvernement qui, selon nos informations, s'apprête à abroger les trois permis d'exploration en possession respectivement de l'américain Schuepbach (en Ardèche et dans le Larzac) et du français Total (dans la région de Montélimar). La décision devrait être officialisée en tout début de semaine prochaine. Elle vient clore un dossier riche en polémiques.

Aux termes de la loi 13 juillet dernier qui interdit la technique très controversée de la fracturation hydraulique pour exploiter les gaz de schiste, les détenteurs de permis ont dû remettre en septembre au gouvernement un rapport dans lequel ils détaillent leurs techniques d'exploration. Soixante-quatre rapports ont été ainsi examinés par la Direction générale de l'énergie et du climat (DGEC). La plupart portent sur des gisements conventionnels et ne posent pas de problème.

Dans son rapport, Schuepbach a souligné qu'il ne renonçait pas à la fracturation hydraulique, considérée comme la seule technique disponible pour extraire les hydrocarbures piégés dans d'étroites fissures de schiste. L'opérateur se voit donc logiquement retirer son permis par les pouvoirs publics.

En revanche, Total indiquait le 12 septembre pouvoir se passer de ce procédé. «Nous ne prenons pas pour argent comptant le communiqué de presse de Total, nous nous baserons sur le rapport», avait alors déclaré auFigaro la ministre de l'Écologie, Nathalie Kosciusko-Morizet. Selon une source proche du dossier, les experts ont jugé le rapport du groupe français conforme à la loi. Sauf revirement de dernière minute, cela n'a pas suffi à empêcher la décision d'abroger le permis de Montélimar. «Personne n'aurait compris que nous écartions l'Américain et pas le Français», souligne un spécialiste du secteur.





DÉFINITIONS TECHNIQUES, ÉLÉMENTS ÉCONOMIQUES ET SITUATION INTERNATIONALE



Source rapport d’information parlementaire sur le gaz de schiste



Dans la polémique qui s’est engagée au cours du premier semestre 2011, il n’est parfois pas simple de faire la part du vrai et du faux. Avant de traiter les impacts d’une production des gaz et huile de schiste français sur l’environnement, vos rapporteurs souhaitent apporter une clarification au débat afin que chacun puisse se déterminer en toute connaissance du sujet. (1)

Dans un domaine où la technologie occupe une place éminente comme l’industrie pétrogazière, les mots ont un sens précis que la controverse médiatique peut altérer, en négligeant une subtilité pourtant fondamentale ou en transposant trop vite un terme emprunter de la langue anglaise. Ainsi, le terme « gaz de schiste » provient de la « mauvaise » traduction de l'anglais « shale gas », expression dépourvue de traduction française simple.



Qu’est-ce que le gaz de schiste ? (2)



Selon le Dictionnaire de Géologie de Foucault et Raoult, ce terme anglais shale « désigne toute roche sédimentaire litée à grain très fin, en générale argileuse ou marneuse ». On peut comparer cette définition avec les deux définitions du mot "schiste", qui sont les suivantes dans ce même dictionnaire : « (1) au sens large (qu'il vaut mieux éviter), toutes roches susceptibles de se débiter en feuillet. Ce terme peut donc désigner aussi bien un schiste métamorphique (angl. schist), qu'une roche présentant un clivage ardoisier (angl. slate) ou bien une pélite (argile) feuilletée (angl. Shale)[…] et (2) : roche ayant acquis une schistosité sous l'influence de contraintes tectoniques ».



Dans l'expression « gaz de schiste », le terme « schiste » est donc par définition un terme qu'il est souvent conseillé d'éviter. Cela commence bien ! Ce gaz n'est pas contenu dans des schistes au sens tectono-métamorphique (le sens usuel et conseillé en France), mais dans des argiles et marnes litées, bien sédimentaires. On devrait donc plutôt parler de « gaz de marnes » ou de « gaz de pélites ».



(1) Cette partie fait appel aux contributions des différentes personnes et institutions auditionnées au cours de la mission d’information, aux différents rapports et articles communiqués par la liste de diffusion de l’Université Paris Diderot Paris 7, et au site planet-terre hébergé par l’Ecole normale supérieure de Lyon.

(2)

http://planet-terre.ens-lyon.fr/planetterre/XML/db/planetterre/metadata/LOM-gaz-schiste.xml#gazconventionnel







Au Québec, l'expression juste serait plutôt « shales gazifères » ou « gaz de shale ». Le Petit Robert définit un schiste comme une roche se défaisant facilement en plaques mais cette définition est trop floue pour servir à une étude géologique. Le rapport d’étape de la mission conjointe CGIET/CGEDD estime qu’il serait juste de parler de « gaz et huile de schiste », mais il emploie les termes de « gaz et huile de roche-mère » pour respecter le vocabulaire contenu dans sa lettre de mission ministérielle.



S’il revient au Parlement de trancher une querelle lexicale, c’est au moment d’inscrire des mots dans le marbre de la loi. Vos rapporteurs considèrent que les expressions « gaz de schiste » et « huile de schiste » sont entrées dans le débat public. Ils recommandent qu’une loi leur donne un statut en droit à l’occasion de la prochaine réforme du code minier. Ce rapport privilégiera leur emploi, sans toutefois abandonner complètement les autres expressions précédemment évoquées.



I.— LES HYDROCARBURES JUSQU’AU XXE SIÈCLE



Les hydrocarbures sont des composés organiques contenant exclusivement des atomes de carbone et d'hydrogène. Ils sont une ressource énergétique de première importance pour l'économie depuis la révolution industrielle, mais aussi les responsables d’émissions de gaz à effet de serre qui précipitent le changement climatique.



Le gaz naturel conventionnel est principalement constitué de méthane (CH4), l’hydrocarbure le plus simple. Le pétrole, à la composition plus complexe, obéit aux mêmes principes de formation. Celle-ci suppose une accumulation de matière organique, essentiellement végétale, en un lieu coupé de la biosphère qui devrait normalement la dégrader. À mesure que des couches de sédiments se déposent au-dessus de cette strate riche en matières organiques, la température et la pression qui règnent dans la « roche-mère » augmentent. La matière organique se transforme en kérogène disséminé dans la roche sous forme de petits grumeaux.



Selon sa composition et les conditions d’enfouissement, le kérogène produit du pétrole ou du gaz naturel. L’élévation de la pression provoque, au terme de plusieurs millions d’années, une migration des hydrocarbures de la roche mère grâce à sa perméabilité intrinsèque ou à la suite d'une fracturation.



Méthane et autres hydrocarbures mobiles cheminent en suivant les zones perméables en direction de la surface, car ils sont moins denses que l'eau qui imprègne le sous-sol. Ils peuvent arriver en surface où ils sont oxydés ou biodégradés. Ils peuvent aussi être piégés dans des structures géologiques appelées « pièges ». Ils s’accumulent alors dans une zone perméable ou « roche-réservoir » dont une couche imperméable, la « roche piège », interdit la migration.



Un gisement conventionnel d'hydrocarbures exige donc que la roche mère soit suffisamment perméable pour laisser migrer ses hydrocarbures, et que la roche magasin soit elle aussi suffisamment perméable pour qu'un pompage suffise à extraire les hydrocarbures qu'elle contient.





La roche mère fournit pétrole ou gaz en fonction de sa température (donc de sa profondeur). Les flèches blanches montrent la migration du pétrole et du gaz de la roche mère vers et au sein d'une roche magasin, ainsi que le long d'une faille. Si cette migration est stoppée par un piège, on aura un gisement. La roche magasin étant perméable, un simple forage vertical suffit pour extraire une proportion notable des hydrocarbures contenus dans le piège. Si il n'y a pas de « piège », pétrole et gaz pourront atteindre la surface.



Source : planet-terre.ens-lyon.fr



Une incertitude importante règne sur la taille réelle des réserves connues de pétrole et de gaz, dans la mesure où les pays producteurs tentent de limiter la diffusion de cette évaluation stratégique. La hausse continue de la consommation énergétique mondiale et le caractère fini des ressources fossiles devraient provoquer une hausse ininterrompue des prix et encourager le développement d’énergies alternatives. Toutefois, cette hausse des prix rend envisageable l’exploitation de gisements auparavant tenus pour économiquement inexploitables, retardant d’autant l’incitation financière au développement des énergies nouvelles.

C’est le cas des gisements non conventionnels.



II.— LES HYDROCARBURES NON CONVENTIONNELS



Avant toute présentation de ce que recouvrent les hydrocarbures non conventionnels, il convient à nouveau de s’interroger sur le sens des mots. Rien ne distingue les hydrocarbures non conventionnels des autres, sinon le sol qui les recèle et la technologie mise en oeuvre pour leur extraction.



De plus, l’usage du terme « non conventionnel » semble particulièrement malvenu. Ce qui est conventionnel fait convention, c'est-à-dire entre dans l’approche traditionnelle d’un domaine donné. Ce qui est non conventionnel relève de la nouveauté. Mais l’histoire et la technique avancent : une innovation tend toujours à être dépassée par une autre, et une approche novatrice à devenir classique à mesure que son usage se répand. Ainsi, les ressources non conventionnelles sont vouées à devenir conventionnelles à l’avenir, de la même façon que « l’époque moderne » des historiens s’achève il y a près de deux siècles, ou que la « nouvelle vague » des cinéastes appartient désormais à l’histoire.





Les hydrocarbures liquides ou gazeux non conventionnels désignent différents types de ressources :

– « l’huile de schiste » (oil in shale) est un pétrole piégé dans la roche-mère suite à son enfouissement profond ;

– « l’huile de réservoir compact » (tight oil) est parvenue à migrer depuis la roche-mère, mais elle se trouve localisée dans un réservoir peu perméable difficile d’accès ;

– le « gaz de réservoir compact » ou « gaz compact » ou « gaz serré » (tight gaz) s’est accumulé dans un réservoir peu perméable, comme l’huile évoquée ci-dessus. Il s'agit de méthane en position intermédiaire entre le gaz de schiste et le gaz conventionnel ;

– le « gaz de houille » (coalbed methane-CBM) se rencontre dans les couches de charbon, riches en méthane adsorbé, que les mineurs nomment « grisou ». Il est produit par de simples forages verticaux quand une fracturation naturelle de la roche a suffi à libérer une quantité suffisante de méthane pour générer un débit significatif. Dans le cas contraire, il faut stimuler la roche par fracturation hydraulique ;

– le « gaz de mine » (coal mine methane-CMM), de la même nature que le précédent, que l’on récupère par simple pompage dans les anciennes mines non ennoyées, notamment en France dans les anciens filons du Nord-Pas-de-Calais ;



– les « schistes bitumineux » (oil shale) et les « sables bitumineux » (oil sands) sont des matières organiques qui ne sont pas demeurées suffisamment longtemps dans la roche-mère pour se transformer en hydrocarbures. Leur exploitation ne nécessite pas de fracturation hydraulique mais un traitement thermique extrêmement coûteux en énergie ;



– les hydrates de méthane sont un mélange d’eau et de méthane susceptible de cristalliser sous certaines conditions de pression et de température. Ils ne sont pas exploités à l’heure actuelle et ne le seront vraisemblablement pas avant plusieurs décennies. Ils se rencontrent dans le permafrost des zones arctiques et au fond des océans ;



– enfin, le « gaz de schiste » (shale gaz) est un gaz demeuré emprisonné dans la roche sédimentaire, situé à uneprofondeur de 2 à 3 kilomètres de la surface. Le méthane y est contenu dans des micropores ne communiquant pas ; il est éventuellement adsorbé sur des particules argileuses imperméables. Le milieu tient donc à la fois de la roche mère et du réservoir. Mais cette imperméabilité empêche son extraction par des moyens classiques de forage. Vos rapporteurs ont sollicité de leurs interlocuteurs successifs une définition des « hydrocarbures non conventionnels ». Beaucoup ont répondu qu’il s’agit des ressources dont l’extraction nécessite un quelconque traitement de stimulation pour obtenir une production commerciale. Cette approche ne satisfait pas vos rapporteurs en ce qu’elle néglige le gaz de mine, sauf à considérer que la stimulation nécessaire à son pompage a eu lieu il y a plusieurs décennies. Finalement, rien ne semble rapprocher les différentes catégories exposées à l’exception de la relative nouveauté de leur exploitation.

Vos rapporteurs déconseillent par conséquent l’usage de l’expression « non conventionnel » dans la perspective d’une prochaine réforme du code minier.



III.— LES TECHNIQUES EMPLOYÉES



Le premier puits de gaz naturel foré aux États-Unis, à Fredonia dans l’État

de New York, en 1821, était une exploitation de gaz de schiste. Cependant, la

faiblesse de la production et la découverte des gisements conventionnels ont

détourné les prospecteurs de cette ressource jusqu’au tournant du millénaire. Les

opérations d’extraction étaient jusqu’alors très peu rentables, même avec une

fracturation hydraulique de la roche. C’est la combinaison de cette technique et de

la méthode de forage dirigé – ou « forage horizontal » – qui a donné à l’activité sa

rentabilité au début des années 2000 dans le champ texan de Barnett.





A.— LE FORAGE HORIZONTAL



La rentabilité de l’exploitation des gaz et huile de schiste nécessite de

fracturer la roche-mère et de libérer suffisamment d’hydrocarbures pour couvrir

les coûts liés à l’opération. Cet équilibre financier n’était pas accessible tant que

les puits verticaux ne pouvaient atteindre qu’un volume limité de la strate

sédimentaire.



Le passage à des forages dirigés change la donne économique.

Dorénavant, l’exploitant a la possibilité de creuser un drain qui suit la roche-mère

sur plusieurs centaines de mètres, voire sur plusieurs kilomètres, en s’adaptant à

ses évolutions. Les fracturations peuvent être réalisées tout au long du drain, avec

une fréquence qui varie en fonction du milieu géologique.



La France détient une expertise en matière de forage horizontal puisque les

premiers forages ont été effectués à Lacq il y a désormais plus de trente ans. Total

a indiqué à vos rapporteurs détenir le record du monde de longueur en la matière

avec un forage de plus de onze kilomètres au large de l’Amérique du Sud, mais ce

dernier point ne concerne pas l’exploitation des gaz et huile de schiste pour

lesquels les forages n’excèdent pas quelques kilomètres.



B.— LA FRACTURATION HYDRAULIQUE



1. Le principe de la fracturation hydraulique

La fracturation hydraulique correspond à la dislocation ciblée de

formations géologiques peu perméables au moyen de l'injection, dans le tube de

forage et sous très haute pression – plus de 100 bars – d'un fluide destiné à ouvrir

des microfissures dans la roche. Des grains de sable gardent ouvertes les fissures

de manière à perpétuer l’écoulement des hydrocarbures le long du drain une fois

l’injection d’eau sous pression interrompue. La pression de la roche referme en

effet les fractures.



La traversée des nappes phréatiques, la grande profondeur à laquelle se

déroulent les opérations et la forte pression à laquelle est injecté le fluide de

fracturation requièrent l’emploi de cuvelages et de tubes spécifiques. Ceux-ci

comportent plusieurs épaisseurs destinées à empêcher les fuites d’eau et les

migrations d’hydrocarbures. Des normes internationales définissent la fiabilité des

différents produits, et il est techniquement possible – quoique financièrement

délicat – de multiplier les couches de ciment et d’acier pour renforcer les

conditions de sécurité.



2. Le fluide de fracturation

Le fluide de fracturation est composé à 99,5 % d’eau et d’un agent de

soutènement (proppant), généralement du sable, qui sont les seuls composants

strictement indispensables à l’opération. L’eau transmet la pression permettant de

fissurer la roche et transporte le sable, ce dernier maintenant les fissures ouvertes.





Certains phénomènes viennent cependant compliquer cette procédure et

contraignent les opérateurs à adjoindre des produits chimiques à l’eau et au sable.



L’eau injectée peut contenir des bactéries, qui une fois dans le réservoir,

sous l’effet notamment de la température, peuvent avoir une activité indésirable

comme par exemple une production de sulfure d'hydrogène (H2S). Il est donc

nécessaire de faire subir à l’eau injectée un traitement bactéricide en surface avant

l’injection. Cette opération peut prendre la forme d’un ajout de désinfectants. Un

traitement alternatif à base d’ultraviolets est développé en phase de test, qui

permettrait de s’affranchir de ce type d’additifs.



Le sable sédimente assez rapidement dans l’eau, avec pour conséquence

possible de s’accumuler dans les fissures à faible distance du puits, ne permettant

pas de maintenir ouvertes les fissures éloignées, voire d’en empêcher la formation

en bouchant les plus proches. Un produit gélifiant permet de garder le sable en

suspension et donc d’assurer qu’il est transporté par l’eau jusque dans les fissures

les plus distantes.



Rendre le fluide plus visqueux présente cependant un inconvénient.

Lorsque le pompage cesse et que la pression exercée par les roches tend à refermer

les fissures, donc à expulser les fluides, le sable se trouve entraîné facilement en

chemin inverse pour la même raison qu’il avait pu être amené plus facilement

grâce au gel. Un agent présent dans le fluide permet de « casser » le gel avec un

effet décalé dans le temps, rendant le fluide à nouveau moins visqueux, et évitant

au sable de repartir vers la surface.



Pour faciliter la circulation de l’eau, un produit réducteur de friction est

utilisé. Il permet de diminuer considérablement la puissance nécessaire à

l’injection, un des principaux facteurs limitant des opérations de fracturation.



Il s’agit là des quatre fonctions cruciales pour assurer une fracturation

efficace avant mise en production. D’autres types d’additifs peuvent être utilisés,

notamment un acide pour dissoudre certains minéraux et faciliter l’initiation des

fissures, un inhibiteur de corrosion pour préserver les tubages en cas d’utilisation

d’acide, ou encore des produits permettant d’empêcher la précipitation de

minéraux ou de métaux dans les tubages.



La composition exacte des fluides de fracturation dépend très fortement

des caractéristiques du réservoir et des conditions du puits.



La quantité d’eau nécessaire au forage et à la fracturation d’un puits de gaz

de schiste serait comprise entre 10 000 et 20 000 m³ : un dixième de ce volume est

employé au forage, le reste à l’ensemble des fracturations opérées tout au long du

drain. Un puits d’huile de schiste consommerait une quantité d’eau moitié

moindre. Seule une fraction de ce fluide – de 10 % à 80 %, un tiers en moyenne –

remonte à la surface. La charge de son retraitement revient à l’industriel.



Enfin, des projets de recherche semblent en passe d’aboutir pour que l’eau

ne soit plus nécessaire au processus de fracturation. Vos rapporteurs ont été

informés, lors de leur déplacement en Amérique du Nord, d’une technique de

fracturation au propane liquéfié. L’injection à haute pression provoque des

fissures dans la roche-mère comme précédemment, mais la température du sous-

sol provoquerait l’évaporation et le retour à la surface en même temps que le

méthane visé par l’opération. Il convient de se montrer vigilant sur l’avenir de

cette technologie qui, si elle venait à se voir généralisée, remettrait en cause

l’interdiction établie par la proposition de loi actuellement en discussion au

Sénat, puisque celle-ci ne proscrit que la fracturation hydraulique.



3. Une technique désormais courante dans l’industrie pétrogazière



La fracturation hydraulique est utilisée depuis plusieurs décennies pour

améliorer la productivité des puits d’extraction d’hydrocarbures conventionnels. La

première expérience positive remonte à 1947. Avec la croissance de l’exploitation des

ressources non conventionnelles, le rythme s’est accéléré pour dépasser le million de

puits fracturés au début du XXIe siècle. Une cinquantaine de fracturations

hydrauliques auraient été opérées en France, dont près de trente au cours des dix

dernières années. De même, cette technique a été employée à la fin des années 1990

pour la première fois sur un puits horizontal en Allemagne.





Source : Schuepbach Energy







Cette technologie connue s’accompagne d’une surveillance renforcée des

opérations, notamment grâce à des simulateurs numériques et à des études

microséismiques dont l’analyse des résultats occupe approximativement deux

années.



La fracturation hydraulique est aussi une technique en géothermie



Afin de valider la technologie, un projet pilote est en cours de développement à

Soultz-sous-Forêts (Alsace). L’objectif est de créer artificiellement des réservoirs

géothermiques en profondeur. Pour cela, on utilise la technique de la fracturation

hydraulique. Les roches sont fragmentées en injectant de l’eau et des adjuvants chimiques

sous pression. Il devient alors possible de créer un échangeur thermique en profondeur

grâce au forage de plusieurs puits. L'eau, réchauffée au contact des roches, peut alors

transférer l’énergie à une unité de surface qui alimente une turbine.



Cependant, la technique présente encore certains problèmes qui doivent être

résolus avant son développement à un stade industriel. L’un des plus importants est l’activité

sismique générée lors de la fracturation hydraulique. Un projet, situé à Bâle en Suisse, est

actuellement gelé suite à de faibles séismes enregistrés à la fin 2006 et au début 2007 lors

d’opérations de fracturation. Le plus important a atteint 3,7 sur l’échelle de Ritcher, un

niveau faible mais suffisant pour être ressenti par la population et pour entraîner de très

légers dommages…



À Soultz-sous-Forêts, le séisme le plus fort s’est produit en 2003 et a atteint une

magnitude de 2,9 sur l’échelle de Ritcher. L’ajout de produits chimiques à l’eau devrait

néanmoins permettre de réaliser des fracturations hydrauliques en dissolvant certaines

roches tout en réduisant l’activité sismique. Une technique déjà utilisée par l’industrie

pétrolière, en particulier pour l’extraction des gaz de schiste.



Enfin, le comportement à long terme des réservoirs ainsi créés reste une inconnue

de taille. Les questions à résoudre concernent à la fois les effets d’une injection d’eau à

faible température (tout au moins par rapport à la température des roches) et le maintien à

long terme d’une température élevée dans les réservoirs créés.



http://www.actu-environnement.com/ae/dossiers/energie-geothermie/production-electriquegeothermie.

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Les opérations complexes de fracturation – variation de la pression, des

débits, de la composition des différentes strates géologiques, du fluide de

fracturation – varient en effet en fonction des caractéristiques de la roche à

fracturer. Les règles de l’art exigent un contrôle parfait de la situation par

l’opérateur de fracturation (1) au risque d’un défaut d’étanchéité du puits ou d’une

fracturation trop puissante qui ouvrirait des fissures au-delà de la strate

imperméable, vers des couches poreuses qui permettraient la remonté du fluide

vers la surface.



(1) Ces entreprises spécialisées sont les prestataires des sociétés pétrolières, pour le compte desquelles elles

mènent à bien les fracturations des puits. Vos rapporteurs ont rencontré les représentants de deux

champions internationaux, les groupes Halliburton et Schlumberger.



Les fissures créées dans la roche atteignent une longueur d’une

cinquantaine de mètres de part et d’autre du drain. Le processus de fracturation est

contrôlé depuis la surface par des ingénieurs qui occupent un camion de

commande à proximité du puits : à partir des données communiquées par un

dispositif d’analyse numérique du sous-sol, le bon déroulement des opérations est

suivi en temps réel.



Vos rapporteurs ont assisté à une fracturation hydraulique en direct

depuis le camion de contrôle. Ils ont pu constaté le haut degré de technologie

que mobilise l’activité de fracturation.



Source : Vermilion





L’usage de la fracturation hydraulique est responsable du profil de

production particulier des puits de gaz de d’huile de schiste. Après un premier

soutirage de fluide, la pression diminue et l’hydrocarbure sort de lui-même en

remontant à travers l'eau demeurée en profondeur. La production est alors

extrêmement rapide, mais elle tend à décliner rapidement. La courbe (bleue) ci-

après montre un déclin du débit de l’ordre de 95 % à l’issue des quatre premières

années, moment à partir duquel la courbe de production cumulée (rouge)

augmente à un rythme très ralenti.





Cette structure de production procure à l’industrie des gaz de schiste un

dynamisme interne. L’importance de la production des premières années permet

un remboursement rapide des frais engagés et met à disposition les sommes

nécessaires pour procéder à un nouveau forage sur un autre terrain.



IV.— L’IMPACT STRATÉGIQUE DES NOUVELLES RESSOURCES



A.— EN AMÉRIQUE DU NORD



Les États-Unis d’Amérique ont été les premiers à développer une industrie

capable d’exploiter massivement les hydrocarbures non conventionnels en général

et les hydrocarbures de schiste en particulier.



Cet avantage s’explique par la politique volontariste du gouvernement

fédéral. Les vingt dernières années ont vu se déployer des politiques à destination

de l’industrie pétrolière, qu’il s’agisse d’une incitation fiscale pour développer de

nouvelles techniques d’extraction ou d’une exemption réglementaire pour parvenir

à rentabiliser la production au prix d’une moindre protection de l’environnement.

Ces deux points seront développés au cours de la deuxième partie. Les États-Unis

ont également bénéficié d’une connaissance sans équivalent des particularités de

leur sous-sol grâce à la masse de données collectées par le service géologique

fédéral. Celui-ci détient maintenant la capacité de dresser la carte des zones propices à une présence de gaz de schiste en fonction des particularités identifiées

dans les formations géologiques.





La production de gaz non conventionnel excède celle de gaz

conventionnel : elle représente 54 % du total contre 16 % au début des années

1990. Les gaz serrés jouent pour l’heure un rôle important, mais tous les scénarios

montrent que la croissance des exploitations de gaz de schiste devrait

prochainement les supplanter, d’autant que les réserves semblent se révéler en

cascade. L’histogramme ci-dessous illustre, en rose et au sommet des barres, la

hausse continue de ces ressources.





L’explosion de l’activité gazière de l’autre côté de l’Atlantique a des

conséquences pour le monde entier. Le graphique de la page précédente montre

que le surplus d’offre généré par la production des gaz de schiste a

considérablement réduit les importations américaines. Alors que les États-Unis ont

consacré la précédente décennie à édifier des terminaux méthaniers destinés à

assurer leur approvisionnement énergétique à moindre frais, ils se trouvent

désormais en situation de quasi-autosuffisance du point de vue gazier : les

importations ne représentaient plus que 11 % de l’approvisionnement en 2009, et

les projections dressées par l’administration font état de leur disparition à

l’horizon 2035.



Cette révolution a eu pour conséquence la déconnexion des places de marché de gaz. L’Amérique autosuffisante, le commerce s’est altéré jusqu’à faire

apparaître deux prix durablement distincts pour la même quantité d’hydrocarbures.

Les Européens, soumis à des contrats d’approvisionnement de long terme, paient

désormais leur gaz deux fois plus cher que les Américains.





B.— DANS LE MONDE



Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE) citée par le rapport

conjoint CGIET/CGEDD (1), « les ressources mondiales récupérables de gaz non

conventionnel (370 Tm3) seraient du même ordre de grandeur que les ressources

récupérables conventionnelles (404 Tm3). Le gaz de roche-mère contribuerait

pour 183 Tm3 à ces ressources récupérables ». Les hydrocarbures étant de même

nature dans les gisements conventionnels et non conventionnels, il existe une

corrélation entre la présence des premiers et la probabilité des seconds. Ce sont

donc les mêmes zones géographiques qui détiendraient la ressource énergétique :

Moyen-Orient, Russie, Amérique latine et Chine. Pour Pékin, une exploitation

massive des ressources gazières non conventionnelles permettrait tout à la fois de

soutenir la très forte croissance de la demande énergétique et de limiter le recours

au charbon, sans pour autant créer la dépendance envers le fournisseur russe que

laissait présager la géopolitique des tubes.



C.— DANS L’UNION EUROPÉENNE



Une cartographie géologique est en cours de réalisation et devrait être

publiée vers 2015 par GASH (2), consortium européen de recherche scientifique

regroupant les principaux acteurs de la filière pétrolière sur le continent. Les

ressources supposées du continent sont relativement faibles, mais elles semblent

présenter l’avantage d’une relative concentration.





(1) P. 5.

(2) Consortium

regroupant notamment Total, GDF Suez, IFP-Énergies nouvelles, Vermilion REP,

Schlumberger, Exxon Mobil, Repsol, Statoil…





D’après les informations collectées par vos rapporteurs lors de leur visite à

Washington, les États-Unis estiment que la France et la Pologne détiennent les

deux gisements les plus importants d’Europe, de l’ordre de 5 TM3 chacun. La

Norvège, troisième détenteur de cette ressource, en recèlerait moitié moins. Les

sols propices se situent pour la plupart au nord de l’Europe.



Les États les plus concernés, qui connaissent pour certains un débat public

vif sans atteindre la situation hexagonale, sont en train de prendre position sur le

principe d’une exploitation de leurs gisements. Le Royaume-Uni a lancé une

expérimentation en refusant toute idée de moratoire sollicité par les associations.

En Allemagne, où la compétence minière appartient aux Länder,

l’expérimentation a déjà eu lieu en Basse-Saxe et l’opérateur pétrolier en analyse

les résultats. Le gouvernement des Pays-Bas s’est également déclaré favorable.

Seul le canton de Fribourg, en Suisse, a opté contre la concession de son sous-sol

à un industriel du secteur pétrolier.



Les perspectives ouvertes par les gaz de schiste suscitent un enthousiasme

particulier en Pologne. Toujours sous la menace d’une rupture de son

approvisionnement par son voisin russe, Varsovie souhaite s’engager fortement

dans l’exploitation. A son initiative, le 4 février 2011, les conclusions du Conseil

de l’Union européenne invitent à l’exploration des hydrocarbures non

conventionnels : « afin de renforcer la sécurité de l'approvisionnement de l'Union

Européenne, il conviendrait d'évaluer le potentiel dont dispose l'Europe en

matière d'extraction et d'utilisation durables de ressources en combustibles

fossiles conventionnels et non conventionnels (gaz de schiste et schiste

bitumineux) ». Un partenariat a été conclu avec les États-Unis et plus de

90 licences d’exploration ont d’ores et déjà été délivrées. Ce volontarisme devrait

se manifester dans la présidence polonaise de l’Union qui commence le 1er juillet.



Vos rapporteurs constatent que, malgré des mouvements associatifs

dynamiques, la quasi-totalité de nos partenaires européens font le choix

d’exploiter leurs gisements. La visite à Hanovre a été l’occasion de constater

qu’un quart du territoire allemand et les deux tiers de celui du Land visité

faisaient l’objet de permis d’exploration.



Source : Landesamt für Bergbau, Energie und Geologie, Basse-Saxe





D.— EN FRANCE



1. Des besoins certains pour l’avenir

La hausse de la consommation énergétique mondiale dans le prochaindemi-siècle ne fait guère de doutes, alors que les États continents chinois et indien

progressent sur le chemin du développement économique et social. Cette

croissance atteint 36 % de la consommation énergétique mondiale d’ici 2035 dans

un scénario tenant compte des engagements politiques déjà pris et 22 % dans un

scénario compatible avec le respect de l’objectif de 450 ppm en gaz à effet de

serre (chiffres : DGEC). La part des énergies fossiles diminue certes en

pourcentage, de 81 % à 74 % ou 62 % respectivement, mais la consommation de

gaz augmente encore en volume de 15 % à 44 %.



Le développement des énergies vertes en Europe pourra difficilement

couvrir la totalité des besoins croissants en énergie. Le recours aux combustibles

fossiles devrait demeurer incontournable encore longtemps. Or le gaz serait le

moins émetteur de CO2. Il est d’ailleurs le complément privilégié (1) par les

défenseurs de l’environnement aux éoliennes et au solaire photovoltaïque pour

équilibrer le réseau et parer aux périodes sans vent ni soleil, en Espagne par

exemple.



(1) Le gaz est toutefois moins performant que la meilleure énergie qui soit du point de vue environnemental,

c'est-à-dire l’énergie qui n’est pas consommée. Les économies et la réduction de l’intensité énergétique

demeurent l’option la plus efficace pour respecter les engagements de la France en faveur du climat.



Les études menées par la DGEC montrent que la France, en dépit de la

diversité de son bouquet électrique et de ses capacités nucléaires, reste dépendante

des importations d’hydrocarbures. La part des énergies fossiles y est certes plus

faible que dans la plupart des pays industrialisés, mais le gaz représente tout de

même 15 % de nos besoins alors que la production domestique ne couvre qu’une

fraction de la consommation nationale (de l’ordre de 1 % à 2 %). Les importations

de pétrole et de gaz ont coûté 45 milliards d’euros en 2010.



Dans cette situation, le Gouvernement avait prévenu que l’éventuelle

production du gaz et de l’huile de schiste contenus dans le sol national viendrait en

substitution des importations pour réduire la facture énergétique. L’hypothèse

d’un accroissement de la part gazière dans le bouquet électrique national a donc

été exclue d’emblée. Le centre d’analyse stratégique estime à 3 milliards d’euros

le gain de l’opération pour le commerce extérieur national.



2. Des ressources à confirmer

Les chiffres qui circulent – et qui sont le fait des administrations

américaines – à propos des ressources potentielles du sous-sol français interrogent.

Alors qu’aucune exploration n’a été menée à son terme sur le territoire national et

que les connaissances géologiques sont bien inférieures à celles des services desÉtats-Unis sur leur sous-sol (1), la méthode de calcul interpelle. Il semble qu’elle procède simplement d’une comparaison entre les caractéristiques des sols

européens et les propriétés des formations géologiques les plus riches d’outre-

Atlantique. Le tableau suivant met ainsi en relation les données du bassin parisienet celles du champ de Bakken qui s’étend sur les États du Dakota du Nord et de

Montana ainsi que sur la province de Saskatchewan.



(1) « L’Inventaire minier du territoire national, réalisé par le Bureau de recherche géologique et minière

(BRGM…) de 1975 à 1991, n’a pas été l’occasion d’identifier les ressources non conventionnelles

présentes sur le territoire national » écrivent dans leur rapport sur la proposition de loi n° 3392

actuellement discutée au Sénat les rapporteurs Michel Havard et Jean-Paul Chanteguet.



a) Les hydrocarbures liquides non conventionnels : l’or noir du Bassin parisien



Les hydrocarbures liquides non conventionnels désignent principalement les huiles

de schiste dans le Bassin parisien, qui abrite l’essentiel des réserves estimées sur notre

territoire. La Seine-et-Marne est particulièrement concernée : il s’agit déjà d’un

département producteur de pétrole conventionnel, dont l’exploitation a débuté dans les

années 1950. Le pétrole produit représente 20 % de la production nationale, mais seulement

0,5 % de la consommation du pays.



Or, selon les estimations auxquelles ont eu accès vos rapporteurs, les réserves en

huile de schiste pourraient représenter la moitié des réserves prouvées du champ pétrolifère

de la Mer du Nord. Le rapport du CGIET et du CGEDD évoque, à partir de comparaisons

avec les formations géologiques analogues exploitées en Amérique du Nord, 100 millions de

mètres cube de réserves techniquement exploitables dans le bassin parisien, soit l’un des

potentiels les plus prometteurs en Europe.



b) Les hydrocarbures gazeux non conventionnels : le gisement de Lacq ne serait plus

qu’un vague souvenir



Les régions françaises les plus propices à la présence de réserves exploitables de

gaz non conventionnel sont situées dans le sud du pays. Il s’agit principalement de gaz de

schiste. Or d’après les informations dont vos rapporteurs ont eu connaissance, les réserves

françaises seraient équivalentes à la production de vingt gisements similaires à celui de

Lacq, découvert en 1951 et qui a alimenté en gaz le quart sud-ouest de la France durant une

trentaine d’années. Aussi, les réserves de gaz de schiste représenteraient cent ans de

consommation française de gaz. Le rapport du CGIET et du CGEDD envisage des réserves

exploitables dans le sud-est du pays de l’ordre de 500 milliards de mètres cube, en se

fondant à nouveau sur des comparaisons géologiques.



Rapport sur la proposition de loi n° 3392 actuellement discutée au Sénat des députés et rapporteurs

Michel Havard et Jean-Paul Chanteguet, p. 24.





Comme leurs collègues avant eux, vos rapporteurs considèrent ces chiffres

pour une simple suspicion de l’existence de la ressource, et non pour une preuve

de sa présence dans le sous-sol français. C’est aussi, du reste, la position de

l’agence internationale de l’énergie qui accueille avec beaucoup de prudence ces

estimations. Toutefois, le fait que certains opérateurs du bassin parisien aient

procédé avec succès à des tests de fracturation incite à penser que, si les quantités

ne sont pas assurées, la présence d’un gisement d’huile de schiste ne prête plus à

discussion.



Vos rapporteurs considèrent que le volume exact d’hydrocarbures qui

reposent dans la roche-mère du territoire français ne constitue pas un

élément fondamental du débat public. 1, 3 ou 5 TM3 ne changent rien à

l’inquiétude des populations quant aux dangers d’une exploitation à

proximité de leur lieu de vie. L’étude de l’impact environnemental de

l’industrie apparaît, par conséquent, d’une importance première.





DEUXIÈME PARTIE





L’ENJEU DU DÉBAT : HYDROCARBURES DE SCHISTE ET PRÉSERVATION DE L’ENVIRONNEMENT





Les interrogations au regard de l’éventuelle exploitation d’hydrocarbures

de schiste sur le territoire national témoignent d’une avancée majeure dans la

conscience écologique française. Quelques décennies auparavant, tous se seraient

réjouis de pareille découverte, et nul n’aurait mis en balance avantages

économiques et inconvénient environnementaux avant de décider la mise en

production.



Les sensibilités ont évolué. Il faut y voir un succès de la pédagogie du

développement durable autant qu’une conséquence de la société de l’information.

Au cours des six derniers mois, chacun a pu diffuser et consulter, à travers

internet, une série d’informations sur les gaz de schistes – informations tantôt

exactes, tantôt surannées, tantôt fantaisistes.



Vos rapporteurs ont pris le parti de suivre le même chemin : ils ont

présenté les données recueillies dans les sphères virtuelles de débat aux

interlocuteurs auditionnés. Les trois mois de travaux ont permis de distinguer le

vrai du faux avec une plus grande clarté. Il en ressort le sentiment d’une

polarisation du débat sur l’expérience américaine de la précédente décennie, ce qui

a justifié un déplacement de la mission d’information en Pennsylvanie pour,

notamment, assister à un processus de fracturation en cours.



Ce constat soulève plusieurs objections. D’abord, l’Amérique n’est pas la

France – après une visite au Québec où la situation s’apparente fortement à celle

de l’Hexagone, on peut même préciser que les mentalités d’Amérique anglophone

divergent grandement de celles des sociétés francophones. Ensuite, dans un

secteur technologique fortement innovant à l’encadrement réglementaire

balbutiant, les leçons de la précédente décennie perdent rapidement de leur portée.

Enfin, les conditions initiales conduisent à interpréter différemment les mêmes

considérations : vos rapporteurs ont été surpris de rencontrer à l’étranger des

écologistes favorables à la production de gaz de schiste, du moins sous certaines

conditions et à court et moyen termes.





I.— UN EXEMPLE AMÉRICAIN QUI SUSCITE LA PEUR



Née aux États-Unis il y a moins de dix ans, l’extraction à grande échelle

des hydrocarbures emprisonnés dans la roche-mère demeure, hors du nord du

continent américain, à l’état de projet prospectif. C’est donc outre-Atlantique

seulement que peuvent s’observer in situ les conditions d’exercice de cette

activité, sa viabilité économique et son impact sur l’environnement.



Cette situation donne à la France l’avantage d’un exemple à suivre – ou à

ne pas suivre. Néanmoins, il convient de se garder d’une transposition brute de la

Francois grosdidier

FRANCOIS GROSDIDIER

Président du Think Tank Valeur écologie, Sénateur-Maire de la Moselle


Les menaces qui pèsent sur la santé et l'environnement, le climat et la biodiversité, concernent tous les citoyens et tous les responsables. L'écologie n'est ni de gauche, ni de droite. Les deux plus graves catastrophes écologiques, Tchernobyl et la mer d'Aral, sont le résultat du collectivisme, pas du capitalisme. Cela n'empêche pas les Etats-Unis et et leur modèle d'avoir une responsabilité écrasante dans le réchauffement climatique et l'épuisement des ressources naturelles. Si l'écologie n'appartient pas à la droite, elle répond cependant à des principes de la droite dont je me revendique: -la notion de responsabilité, individuelle comme collective, identifiée et assumée et, le cas échéant récompensée ou sanctionnée. -l'idée conservatrice au sens noble, c'est à dire la conscience du devoir de léguer à nos descendants le patrimoine que nous ont légués nos ascendants.

VALEUR ÉCOLOGIE (association Loi 1901) - 7 Square DESAIX, 75015 Paris
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