Valeur écologie
Les invités et les
petits-déjeuners
Serge lepeltier - Président de Valeur écologie
SERGE LEPELTIER
Président de Valeur écologie
Ancien Ministre de l’Ecologie
et du Développement Durable

S’il fallait résumer le principal objectif du Gouvernement auquel j’ai eu l’honneur d’appartenir, cela pourrait être ainsi : « Réconcilier Ecologie et Economie ».

En effet, au cours du XIXème siècle et de la plus grande partie du XXème siècle, le développement économique s’est fait contre l’Ecologie. Le développement économique devant se poursuivre ( qui oserait penser que nous accepterions de ne plus nous développer voire de régresser ? Ce serait une vision idéologique qui tomberait dès sa confrontation aux réalités), nous devons faire preuve d’ingéniosité pour concilier ces deux domaines.

 

Interview pour le magazine de la SPA Mars 2006


Interview de Serge Lepeltier, ancien ministre de l’Ecologie et du Développement durable.

Lauriane d’Este : Nous avons assisté récemment à la conférence de presse de Madame Nelly Olin qui a annoncé la réintroduction de 5 ours dont 3 ours sans doute à la mi-avril, deux femelles et un mâle. En janvier 2005, lors d’une conférence de presse qui avait fait grand bruit, vous aviez vous-même annoncé la réintroduction de 5 femelles dès l’automne 2005 afin de maintenir dans les Pyrénées une population d’ours viable. Madame Nelly Olin a décidé de poursuivre les objectifs fixés par vous mais ne relâchera que 5 ours et pas 15 comme vous l’aviez précédemment prévu. Pensez-vous que ce soit assez pour maintenir la conservation de l'espèce ?

Serge Lepeltier : Ce n’est pas aux politiques de fixer le nombre d’ours à réintroduire. C’est aux scientifiques et les scientifiques disent aujourd’hui qu’il en faut un minimum de 30 pour une population viable. C’est sur cette base, après avoir consulté les experts et les scientifiques, que j’avais décidé la réintroduction de 15 ours. Il faut arrêter de consulter les scientifiques et les experts sur des sujets aussi sensibles et au bout du compte ne pas faire ce qu’ils disent indispensable pour la nature. C’est pourquoi aujourd’hui je crois qu’il faut se tenir à cette réintroduction nécessaire de 15 ours sur le court-moyen terme pour que la population de l’ours soit viable. Il faut en matière d’écologie arrêter de faire semblant, soit on veut des ours, auquel cas il en faut 30 au minimum et donc en réintroduire 15, soit on ne veut pas d'ours et à ce moment là, il faut oser le dire. En étant dans une optique mi-figue, mi-raisin, on mécontentera tout le monde. Ce qui me semble dommageable dans cette décision, c’est le fait que l’on ne veut rattraper en quelque sorte que le nombre d’ours qui ont été perdus dans les années précédentes. On sait très bien que la population des ours a toujours été fragile dans les Pyrénées et ne rattraper que ceux qui ont disparu dans les années passées est largement insuffisant. Tout le monde, tous les experts le savent.

L.E. : Donc en conclusion, 5 ours c’est nettement insuffisant !
S.L. : C’est insuffisant. Il faut voir naturellement comment les réintroduire et sur quelle durée. C’est la raison pour laquelle j’avais décidé de réintroduire 5 ours en 2005, 5 ours en 2006 et 5 ours en 2007 avec naturellement, la réserve que s’il y avait des naissances dans ce laps de temps, nous en réintroduirions moins puisque le but est d’en avoir 30 d’ici 2007. Car mon inquiétude est aussi une inquiétude politique, si nous ne le faisons pas rapidement, nous savons très bien que la difficulté que l’on connaît, qui est légitime sur le terrain entraînera l’arrêt du processus.

L.E. : 4 communes seulement, sous la pression des élus et des éleveurs, ont accepté de servir de lieu relâcher. Pourtant les éleveurs reçoivent de nombreuses aides et la présence de l’ours a plutôt favorisé le tourisme et les emplois. Un récent sondage indique que les Pyrénéens sont à 77 % pour la réintroduction des ours.
S.L. : L’enjeu est vraiment, à terme, de concilier la présence de l’ours et de maintenir l’activité humaine. C’est de cela qu’il s’agit et la politique qui est menée en partie d’aide aux éleveurs et d’aide aux activités économiques va dans ce sens. C’est un enjeu international qui concerne la relation de l’homme et de la nature et que tout le monde doit comprendre. Le fait que 4 communes et des communautés de communes soutiennent cette réintroduction est significative d’une volonté et la population dans son ensemble, nous le savons, est favorable. Nous ne pouvons pas sur un tel sujet être seulement à l’écoute des personnes qui sont directement concernées car c’est un enjeu qui nous dépasse. Aidons ces personnes pour accepter cette réintroduction et en faire un atout.

L.E. : La mort de Cannelle en 2004 après celle de l’ourse Claude en 1994 et de Melba en 1995 a profondément marqué les Français qui ont vivement condamné ce massacre. Comment pensez-vous que l’on puisse à la fois concilier la sécurité des ours et pratiquer la chasse ?
S.L. : Je pense qu’un plan de réintroduction de l’ours est un véritable plan de défense de la vie et de la nature. Ca comprend donc plusieurs volets. Premier volet comme je l’ai dit, le doublement du nombre des ours à court ou moyen terme, pour arriver à 30 ours. Le deuxième volet, des mesures de défense sur la nature et l’activité humaine parce que dans mon esprit tout est lié.

Ca concerne donc des aides pour l’acquisition des chiens, pour la construction des clôtures, des cabanes de jardin, pour l’aide naturellement au gardiennage. Et puis, troisième décision, très importante, si un ours a un comportement atypique, et c’est arrivé, il faut pouvoir décider de le retirer du territoire. Je pense que cette décision est de nature à faire comprendre aux populations concernées qu’une vraie politique est menée et qu’elle ne va pas seulement contre eux. Il faut aussi que dans certaines situations, et en particulier en cas de présence avérée d’une ourse et de son ourson, on puisse encadrer et éventuellement interdire certaines activités. Je pense à la chasse bien sûr, mais je pense aussi aux promenades, aux randonnées dans des situations je le dis bien, très précises où la présence d’une ourse suitée est avérée.

L.E. : Est-ce que vous seriez par exemple comme certaines associations pour des zones protégées afin de préserver l’habitat des ours avec des zones de couchage, des zones d’alimentation plus et pour la chasse, est-ce que vous pensez qu’il faut une interdiction pure et simple de la chasse dans les zones où se trouvent les ours, par exemple un retour à la loi Lalonde ?
S.L. : Je ne suis pas favorable à de telles mesures parce que l’enjeu au bout du compte, c’est vraiment la conciliation entre la présence de l’ours et la présence de l’homme et faire des zones spéciales pour l’ours, c’est aller à l’encontre d’une telle politique et l’objectif c’est évidemment cette relation entre l’homme et la nature. Et n’oublions pas que protéger l’ours c’est s’obliger à protéger la nature qui lui permet de vivre, et la nature dans son ensemble avec ses activités. Et je crois qu’avoir des zones spécifiques en quelque sorte fermées va complètement à l’encontre de ce que nous souhaitons, c’est-à-dire, la présence de l’ours en général qu’il faut accepter et avec laquelle il faut vivre parce que l’homme doit vivre avec la nature.

L.E. : Parlons de l’IPHB voulez-vous. Je sais que c’est un sujet qui fâche. En 1994, l’Etat confie à l’IPHB la gestion du dossier ours et signe la Charte du développement durable. En 2004, conformément à la Charte, le député Lassalle se prononce pour le lâcher de 2 ours. Or, il revient sur sa décision première dénonçant la main mise de l’Etat sur le local. Or, l’institution a bénéficié depuis 1994 de 10 millions d’euros pour actions en faveur de l’ours et de son habitat. Il n’en n’a consacré à peine, le 1/10ème à chaque fois.

S.L. : L’IPHB a je crois, dans la politique de réintroduction des ours, eu une action positive au cours du temps mais les positions d’aujourd’hui ne correspondent plus à cette situation. La question est donc posée de savoir si l’IPHB accompagne la politique de l’Etat de réintroduction de l’ours dans l’avenir sinon, s’il ne le fait pas, naturellement les aides de l’Etat à l’IPHB doivent être remises en cause.

L.E. : Faut-il supprimer l’IPHB et mettre à sa place une nouvelle instance plus représentative ?
S.L. : Je crois que la concertation, la présence autour d’une même table de l’ensemble des acteurs comme je l’avais organisé moi-même lors de mes deux visites dans les Pyrénées, est strictement indispensable. Mais dans un Etat de droit, c’est naturellement à l’Etat au bout du compte de dire quel est l’intérêt de général. Donc, une instance me semble utile, nécessaire mais il est évident que ceci ne doit pas enlever la responsabilité de l’Etat qui est une responsabilité supérieure par rapport à ses engagements vis-à-vis de la nature et notamment ses engagements internationaux.

L.E. : Comment souhaiteriez-vous Monsieur le ministre, dans les prochaines années, que se fasse la réintroduction des ours dans les Pyrénées ?
S.L. : Je crois qu’elle doit se faire sur l’ensemble des Pyrénées. Aujourd’hui il y a un déficit de femelles en Béarn. Au départ tout le monde avait accepté la réintroduction de 2 ours en Béarn, c’était l’objectif de mon plan, et nous ne pouvons pas sous prétexte qu’il n’y aurait pas de consensus ne pas en réintroduire sur l’ensemble des Pyrénées.

L.E. : Le ministère de l’Ecologie a présenté un budget qui depuis 2002 avait baissé de 0,75 %, cela représente à peine 0,3 % du budget global de l’Etat. Les ours n’ont coûté que 2 millions d’euros entre 1995 et 2000, d’ailleurs la Charte de l’environnement et les proclamations autour de la biodiversité, l’Etat et ses élus ne se désintéressent-ils pas de la nature et de la biodiversité ?
S.L. : La place de l’écologie aujourd’hui dans l’action de l’Etat français est largement insuffisante. Il faut que dans l’avenir, et en matière d’écologie en particulier, nous arrêtions de faire semblant. Plusieurs mesures importantes doivent être prises. La première est évidemment budgétaire. Il faut au minimum atteindre 1 % du budget de l’Etat pour pouvoir mener des actions indispensables en particulier en matière de biodiversité, il faut soutenir le plan Natura 2000. Deuxième action strictement indispensable, le périmètre du ministère de l’Ecologie et il faut que ce ministère ait sous sa responsabilité l’énergie puisqu’aujourd’hui l’un des deux enjeux majeurs écologiques est celui du réchauffement climatique et donc de l’énergie. Or, le ministère de l’Ecologie n’a pas la responsabilité de ces secteurs et en particulier du secteur des énergies renouvelables. Troisième décision importante que le ministère de l’Ecologie, dans la hiérarchie gouvernementale, soit placé à un niveau suffisant pour lui donner l’autorité indispensable à son action.

L.E. : Est-ce que la nature étant donné ce qui se passe dans les Pyrénées et aussi les Alpes avec les loups n’est pas devenue un enjeu électoral ?
S.L. : L’écologie en général, est un enjeu électoral mais je regrette pour ma part qu’elle ne soit pas prise en compte par l’ensemble des structures politiques. Il faut construire l’écologie en politique, que ce soit à droite et à gauche. On dit souvent que l’écologie n’est ni de droite, ni de gauche, ce que je souhaite c’est qu’elle soit et de droite et de gauche. Quand on parle d’une écologie de gauche, c’est en fait plutôt une gauche qui n’est plus écologique et quand on parle d’une écologie de droite, c’est en fait une droite qui n’est pas encore écologique. Il faut donc construire l’écologie, à la fois à droite et à gauche, c’est l’enjeu des prochaines années.

L.E. : On sait que la filière de l’élevage ovin est en grande difficulté dans les Alpes comme dans les Pyrénées, l’ours et le loup ne sont-ils pas des boucs émissaires ? S.L. : Je crois en tout cas que la difficulté de l’élevage ovin renforce l’opposition des éleveurs sur la réintroduction de l’ours et du loup. C’est vrai aussi que la situation française est différente que beaucoup d’autres pays. Les élevages ovins en France sont des élevages de viande alors qu’ils sont souvent, particulièrement en Italie des élevages de lait. La façon de gérer le troupeau n’est donc pas la même, les élevages de lait sont rentrés tous les soirs. Et quand vous regardez la question de l’ours, vous vous apercevez que l’ours est souvent présent dans les montagnes en Espagne là où il y a très peu de population. Donc je crois que la difficulté que nous connaissons en France est une difficulté spécifique qu’il faut prendre en compte. Et c’est la raison pour laquelle il faut aider spécifiquement les éleveurs par rapport à cette difficulté.

L.E. : Vos projets Monsieur le ministre ? Vous avez été un ministre ouvert au dialogue, apprécié des associations, les chasseurs du reste vous l’on fait payer cher lors des sénatoriales. Comment envisagez-vous votre avenir politique ? Vous considérez-vous toujours au service de l’écologie ? Quels sont vos combats ?
S.L. : Lorsque j’ai été nommé ministre, j’ai dit que j’étais à la fois un ministre politique et un ministre militant de l’écologie et bien sûr, je le reste. Le combat de l’écologie sera au cœur de tous mes combats parce que dans mes fonctions ministérielles je me suis vraiment rendu compte que la détérioration de l’environnement était plus importante qu’on me le disait et que cette détérioration allait plus vite qu’on ne le pensait. Et je pense que c’est un combat urgent. Quand on a eu la chance comme moi d’avoir les fonctions que j’ai eues, je crois qu’on n’a pas le droit d’arrêter ce combat. C’est la raison pour laquelle j’ai créé l’association « Valeur écologie » où participent à la fois des élus, des représentants du monde économique et des représentants des associations environnementales pour qu’autour de la table, nous puissions voir comment assurer ce que l’on appelle aujourd’hui le développement durable, c’est-à-dire, vraiment une réconciliation entre écologie et économie. Ce qui est possible même dans une économie de marché que nous connaissons aujourd’hui.

L.E. : Pourriez-vous nous dire quelques mots sur la SPA et sur la protection animale en France par rapport aux pays anglo-saxons ?
S.L. : Je connais bien la SPA en tant que maire et élu local. J'en connais l’action et le côté je dirais totalement indispensable de ce qu’elle fait sur le terrain par rapport aux animaux. Cette présence sur le terrain je souhaite absolument le souligner, parce elle n’est pas facile, elle n’est pas simple et dans la plupart des cas, elle fonctionne bien. Ce que je veux dire, c’est qu’en matière de protection animale en général, la France doit faire des avancées. Nous devons faire un point général sur cette défense de la vie animale. Parce que nous voyons encore des formes d’action qui sont inacceptables par rapport à l’identité animale et il semble nécessaire de remettre à plat ce dossier qui n’est pas, d’ailleurs, de la responsabilité du ministère de l’Ecologie mais plutôt du ministère de l’Agriculture. Et je crois que c’est là une question posée parce que le ministère de l’Ecologie doit intervenir sur cette question et j’en appelle à une remise à plat de l’ensemble de la réglementation dans ce domaine pour éviter ce que nous voyons encore, c’est-à-dire, des choses totalement inexplicables qui vont quelquefois jusqu’à l’atroce.

L.E. : Seriez-vous favorable à quelque chose comme une sorte de secrétariat d’Etat à la protection animale qui engloberait la faune sauvage ?
S.L. : Pour ma part, je ne suis pas pour une parcellisation trop forte des secteurs et je pense par contre qu’une vraie co-responsabilité ou une responsabilité complète de la condition animale en elle-même du ministère de l’Ecologie serait une bonne chose. Parce que c’est de la condition animale qu’il s’agit et on voit encore trop souvent et je pense en particulier parce que je les connais, dans mon département des situations concernant l’agriculture qui n’est pas acceptable. Donc il faut la travailler et je pense que le ministère de l’Ecologie serait en lui-même le plus apte à le faire.

Par Lauriane d'Este
Vice-présidente de la SPA, responsable Faune Sauvage


Francois grosdidier

FRANCOIS GROSDIDIER Secrétaire général de
Valeur écologie
Député de la Moselle
Maire de Woippy
Président de la fédération
des maires de Moselle

Les menaces qui pèsent sur la santé et l'environnement, le climat et la biodiversité, concernent tous les citoyens et tous les responsables. L'écologie n'est ni de gauche, ni de droite. Les deux plus graves catastrophes écologiques, Tchernobyl et la mer d'Aral, sont le résultat du collectivisme, pas du capitalisme. Cela n'empêche pas les Etats-Unis et et leur modèle d'avoir une responsabilité écrasante dans le réchauffement climatique et l'épuisement des ressources naturelles. Si l'écologie n'appartient pas à la droite, elle répond cependant à des principes de la droite dont je me revendique:

-la notion de responsabilité, individuelle comme collective, identifiée et assumée et, le cas échéant récompensée ou sanctionnée.

-l'idée conservatrice au sens noble, c'est à dire la conscience du devoir de léguer à nos descendants le patrimoine que nous ont légués nos ascendants.

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